Un projet d’envergure est en cours à l’Eawag pour étudier les caractéristiques génétiques des poissons des grandes rivières. Diffèrent-elles d’une rivière à l’autre ? Y a-t-il des échanges entre rivières et lacs ? Quelle est l’influence des obstacles à la migration sur ces structures génétiques ? Autant de questions auxquelles le projet souhaite apporter des réponses. Aidez à son aboutissement en envoyant des échantillons de vos prises !
Il y a déjà quatre ans, FIBER annonçait le lancement d’un projet sur la génétique des poissons des grandes rivières. Depuis, plus d’une centaine d’échantillons ont été envoyés aux biologistes. Le projet est toujours d’actualité et les scientifiques sont à la recherche des échantillons qui leur manquent encore pour l’analyse. Le présent article vous explique la raison d’être et le fonctionnement de ces études génétiques et indique la nature des échantillons encore recherchés.
Méthodes : comment décrypter l’information génétique des poissons
L’ADN détermine la façon dont chaque organisme se constitue. Ce code peut aujourd’hui être lu en laboratoire. Certaines régions répétitives de l’ADN des poissons peuvent être utilisées pour déterminer le degré de parenté entre les individus. Cela fonctionne un peu comme un test de paternité : les poissons fortement apparentés présentent des régions identiques ou du moins très similaires. Pour étudier ces différences, il suffit d’analyser un petit échantillon de tissu, prélevé sur une nageoire, par exemple. Les analyses permettent d’une part d’évaluer les différences entre les poissons d’un même secteur de rivière ou de secteurs différents et, d’autre part, de comparer les poissons de rivière et ceux vivant en lac. Ces comparaisons ne sont possibles qu’au sein d’une même espèce, car les différences entre espèces sont plus grandes et les échanges doivent porter sur d’autres régions de l’ADN.
Qu’est-ce qu’une espèce ? une sous-espèce ? une population ?
La définition de ce qu’est une espèce varie selon le concept utilisé. Les concepts rigides autrefois en vigueur définissaient les espèces en fonction de la morphologie et des barrières reproductives, c’est-à-dire de l’incapacité de deux individus d’espèces différentes à donner naissance à des descendants fertiles. La biologie de l’évolution privilégie aujourd’hui un concept d’espèce cohésive. Ce concept se fonde sur la niche écologique de l’espèce et sur la capacité des individus d’une même espèce à se reconnaître et à se reproduire entre eux, même s’ils coexistent avec d’autres espèces. Il admet donc notamment le principe d’une modification de l’espèce au cours du temps. Par ailleurs, ce concept permet d’éviter les écueils des théories antérieures : par exemple, beaucoup de poissons cousins des carpes, tels que les brèmes et les tanches, peuvent se croiser et donner naissance à des descendants fertiles, mais évitent en général de le faire.
Une sous-espèce est un sous-groupe géographiquement isolé (ou variété) d’une espèce. Si deux populations presque identiques apparaissent dans deux aires de distribution distinctes où elles exploitent la même niche écologique, mais diffèrent par certains caractères, on parle de deux sous-espèces. Les sous-espèces se mélangent si elles entrent en contact et ne coexistent donc pas.
Les groupes d’une même espèce, qui présentent les mêmes caractéristiques écologiques et anatomiques mais vivent dans des espaces géographiques distincts, forment ce que l’on appelle des populations. Ces dernières peuvent présenter de légères différences génétiques, en adaptation aux conditions locales, par exemple. Les populations entretiennent souvent des échanges irréguliers.
Pourquoi les résultats ne sont-ils pas encore disponibles ?
Malgré toutes les avancées techniques, les méthodes de génétique ne sont pas en mesure de comparer les individus entre eux. Pour obtenir des résultats significatifs, il est nécessaire de comparer des groupes d’individus. Chaque individu diffère légèrement des autres. Ce qui importe, c’est donc la diversité génétique des groupes de poissons dans un même secteur de rivière. Pour pouvoir l’évaluer, il faut disposer pour chaque secteur d’au moins 20 échantillons par espèce. Pour obtenir ces échantillons, les biologistes de l’Eawag effectuent des prélèvements par pêche électrique, mais, leurs capacités étant limitées, ils ont également besoin d’échantillons envoyés par les pêcheuses et pêcheurs. La collecte et l’analyse des échantillons prennent du temps. Qui plus est, les fleuves et grandes rivières suisses sont parsemés de barrages et comportent donc une multitude de secteurs à comparer. Le projet demande donc énormément de travail.
FIBER ne manquera pas de vous informer dès que des résultats seront publiés. Mais nous avons déjà rassemblé des informations très intéressantes. Il s’est par exemple avéré que les brochets du lac de Bienne étaient différents de ceux de l’Aar. Il semble donc exister des populations distinctes de brochets de rivière et de brochets de lac.
Qu’est-ce qui distingue un brochet de rivière d’un brochet de lac ? Nous ne le savons pas encore. (Photo : H. Schwab)
Il apparaît d’autre part que les fleuves abritent aussi bien des populations de truites à l’aspect caractéristique des truites de rivière (ou fario) que des populations de truites typiquement fluviatiles. Cet aspect devra également être creusé.

Une truite fluviatile à la robe argentée et un individu à l’aspect de truite de rivière. Où trouve-t-on encore des truites fluviatiles et quelles sont les différences avec les populations de truites de rivière ? FIBER traitera de ces questions dans un prochain article. (Photos : R. Püntener & P. Stadelmann)
Si vous souhaitez contribuer au projet, vos échantillons restent les bienvenus ! Les biologistes ont encore besoin d’échantillons de nageoires de truites, d’ombres, de brochets, de perches et de silures. Pour recevoir des kits d'échantillons, veuillez envoyer un e-mail à flussfisch@eawag.ch.
Informations supplémentaires
Lien d’accès au site de l’Eawag
Lien d’accès au sous-projet sur les modes de migration des poissons dans les systèmes fluviaux